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1876, Saint-Pierre-lèz-Auchel (France) - 1954, Burbure (France)

En 1912, le mineur Augustin Lesage entend des voix lui annoncer qu’il sera peintre. Huit à dix mois plus tard, au cours d’une séance de spiritisme, les esprits se manifestent à nouveau. Peu après, Lesage entame une immense toile de neuf mètres carrés. Il y consacre tout son temps libre pendant plus d’un an. Il s’agit d’une œuvre ornementale constituée de motifs décoratifs minuscules qui lui donnent un aspect textile. Sans être non figurative (on peut y retrouver nombre de figures architecturales et anthropomorphes), cette œuvre explore, sans aucune intention préliminaire, les voies de l’abstraction à une époque où cette dernière n’est pas encore devenue la voie royale des artistes professionnels. Participant régulièrement aux séances spirites, Lesage croit que ses œuvres lui sont dictées par des esprits - Léonard de Vinci, puis Marius de Tyane, déformation d’Apollonios de Tyane ou bien double de Marie, sa petite sœur morte à l’âge de trois ans. Ce n’est que plus tard qu’il consent à signer de son nom. Témoignant sur son propre travail, Lesage a écrit : “Jamais il ne m’est arrivé, avant de peindre une toile, d’avoir une idée de ce qu’elle serait. Jamais je n’ai eu une vision d’ensemble d’un tableau à n’importe quel endroit où j’en étais de son exécution. Mes guides m’ont dit : ‘Ne cherche pas à savoir ce que tu fais.’ Je m’abandonne à leur impulsion.” En 1923, il quitte la mine, rencontre l’égyptologue Moret et commence à se passionner pour les dessins égyptiens, se déclarant la réincarnation d’un artiste des temps pharaoniques. Il continue à peindre des centaines d’œuvres chargées de symboles religieux de toutes origines. Il expose et vend ses toiles, se mêle aux milieux artistiques avec lesquels il entretient une relation ambiguë. Le spiritisme est peut-être devenu pour lui “un alibi”, lui permettant d’accéder à une forme de reconaissance à laquelle, simple ouvrier, il n’aurait pas eu droit. Mais cette “stratégie” a ses limites : si l’œuvre de Lesage est hautement inventive jusqu’au milieu des années trente, à partir de cette époque, elle s’affaiblit progressivement jusqu‘à devenir pauvre et caricaturale.

VOIR AUSSI : Publications de la Compagnie de l’Art Brut, fascicule 3, Paris, 1965.

Augustin Lesage 1876 - 1954. Textes de Annick Notter et Didier Derœux, Michel Thévoz, Hubert Larcher, Christian Delacampagne, Marie-France Lecomte-Emond, Robert Amadou, Philippe Sers Editeur, Paris, 1988.

 
 
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