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1882, Londres (Grande Bretagne) - 1961, Londres (Grande Bretagne)

Enfant illégitime, Madge Gill est d’abord cachée par sa mère et sa tante, puis placée dans un orphelinat à l’âge de neuf ans. En 1903, elle est infirmière et vit chez sa tante, qui l’initie au spiritisme et à l’astrologie. A vingt-cinq ans, elle épouse son cousin, Thomas Edwin Gill, dont elle a trois fils. Elle perd le deuxième, Reginald, victime de la grippe espagnole. L’année suivante, elle met au monde une petite fille mort-née. Malade, elle reste alitée pendant des mois, puis perd l’usage de son œil gauche. Le dessin et le contact avec Myrninerest - l’esprit qui la guide, lui inspire écrits, discours, broderies et improvisations pianistiques, occupent dès lors toute sa vie. Travaillant la nuit, à la bougie, elle réalise des milliers de dessins, de la carte postale à de grands draps dont certains dépassent onze mètres. Elle est l’unique sujet de ses représentations. Obsédée par sa propre image ou celle de sa fille perdue, elle ne montre de son corps que des visages éternellement répétés. Prises dans un vertige ornemental, tout en paraphes déliés et échiquiers obsessionnels, ces figures blanches sont la ponctuation ahurie d’une flamboyante calligraphie, un message sans fin. Les escaliers, damiers, couloirs sont un système sécuritaire qui à la fois nous empêche de nous en approcher et en même temps nous attire tel un piège. Comme si les beaux visages de Madge Gill étaient là pour nous séduire, nous attirer, pour mieux nous capturer dans les mailles de ses filets. Après le décès de son fils Bob, en 1958, Madge Gill se met à boire, cesse totalement dessiner et se laisse glisser vers la fin. Ayant toujours refusé de vendre ses œuvres, ce n’est qu’après sa mort, en 1961, qu‘on trouve chez elle des centaines de dessins empilés dans des placards ou sous les lits.

VOIR AUSSI : Publications de la Compagnie de l’Art Brut, fascicule 9, texte de Roger Cardinal, Paris, 1973.

 
 
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